Une plaque de tissu fibreux se forme dans l'enveloppe des corps caverneux et la verge se courbe en érection. La maladie évolue en deux phases : une phase active, douloureuse, où la déformation s'installe, puis une phase stabilisée où elle se fixe. Cette page explique ce qui se passe, ce que les traitements peuvent réellement obtenir, et ce qui relève du chirurgien urologue.
La maladie de La Peyronie déforme la verge. Une plaque de tissu fibreux se forme dans l'enveloppe des corps caverneux, et le pénis se courbe en érection. Beaucoup d'hommes la découvrent seuls, sans en parler, persuadés d'être un cas isolé. Ils ne le sont pas : les recommandations de l'Association française d'urologie évoquent une prévalence pouvant atteindre 9 % des hommes. Cette page fait le point sur ce qui se passe, ce qui peut être traité, et ce qui relève du chirurgien urologue.
Qu'est-ce que la maladie de La Peyronie ?
C'est une fibrose : un tissu cicatriciel se développe là où il ne devrait pas. Le Manuel MSD la définit comme une fibrose de la gaine des corps caverneux, responsable d'un épaississement qui entraîne une courbure de la verge et, parfois, des érections douloureuses.
Anatomie : la plaque fibreuse et les corps caverneux
Deux cylindres parcourent la verge sur toute sa longueur : les corps caverneux. Ce sont eux qui se remplissent de sang pendant l'érection. Ils sont entourés d'une enveloppe fibreuse et élastique, l'albuginée, qui s'étire quand ils se gonflent.
Dans la maladie de La Peyronie, une zone de cette enveloppe cicatrise mal et perd son élasticité. Elle forme une plaque dure, palpable sous la peau. Pendant l'érection, le côté sain s'allonge normalement, le côté fibrosé ne suit pas : la verge se courbe du côté de la plaque. C'est de la mécanique, pas un défaut de volonté ni une conséquence de vos pratiques sexuelles.
Causes et facteurs de risque
L'origine la plus admise est le micro-traumatisme répété de l'albuginée pendant les rapports, chez des hommes prédisposés à une cicatrisation anormale. La prédisposition compte autant que le traumatisme : à traumatisme égal, tout le monde ne développe pas de plaque.
Les facteurs associés retrouvés dans la littérature :
- le diabète, qui figure parmi les facteurs de risque identifiés ;
- la chirurgie de la prostate : l'AFU rapporte la maladie chez 15,9 % des patients après prostatectomie ;
- un terrain de fibrose, comme la maladie de Dupuytren de la main ;
- l'âge, la maladie survenant le plus souvent après la cinquantaine.
Les deux phases de la maladie
La distinction est essentielle, parce qu'elle commande le traitement. On n'opère pas une maladie qui bouge encore.
La phase active, ou inflammatoire
C'est la phase d'installation. L'AFU la caractérise par la présence d'une douleur pénienne et l'apparition de la déformation. Sa durée est variable, classiquement de l'ordre de six mois. Concrètement, vous pouvez ressentir :
- une douleur, en érection et parfois au repos ;
- une courbure qui apparaît puis évolue de semaine en semaine ;
- une zone dure, palpable, sur le dos ou le côté de la verge.
Pendant cette phase, l'évolution n'est pas écrite. Les données reprises par l'AFU montrent que 12 % des hommes connaissent une amélioration spontanée, environ 40 % restent stables, et jusqu'à 48 % voient leur état s'aggraver. C'est la raison pour laquelle attendre sans avis médical est un mauvais calcul : près d'un homme sur deux s'aggrave.
La phase stabilisée, ou chronique
La douleur régresse et la déformation s'installe. La plaque ne bouge plus, la courbure est fixée. C'est à ce stade que la chirurgie devient envisageable, si la déformation gêne les rapports. Le Manuel MSD rappelle qu'une guérison spontanée reste possible au fil de nombreux mois — possible, mais minoritaire.
Conséquences : courbure, taille et troubles de l’érection
La courbure n'est pas le seul retentissement. Trois conséquences reviennent en consultation : la déformation elle-même, la perte de longueur, et la difficulté à obtenir ou maintenir une érection.
L'impact sur la mécanique de l'érection
L'érection repose sur un équilibre entre l'afflux de sang et la rigidité de l'enveloppe — nous détaillons ce mécanisme de l'érection dans un article dédié. Une plaque fibreuse perturbe cet équilibre : elle peut empêcher la rigidité de se répartir, et la verge reste molle au-delà de la zone atteinte.
Maladie de La Peyronie et dysfonction érectile sont fréquemment associées. Deux autres formes sont bien décrites : le pénis en sablier, quand la plaque étrangle la verge en son milieu, et le raccourcissement de la verge ressenti par beaucoup de patients.
Si la douleur pendant l'érection est votre symptôme principal, notre article sur les douleurs de l’érection détaille les causes possibles, qui ne se limitent pas à cette maladie.
Le retentissement psychologique
Il est constant et largement sous-estimé. Une verge qui change de forme touche à l'image de soi. S'installent alors l'anxiété de performance, l'évitement des rapports, parfois le retrait de la vie de couple. Ce retentissement n'est pas un effet secondaire de la maladie : c'en est une composante, et il se prend en charge comme le reste. Notre article sur le lien entre Lapeyronie et troubles de l'érection explique comment les deux s'entretiennent.
Comment traiter la maladie de La Peyronie ?
Aucun traitement ne fait disparaître une plaque installée. L'objectif est réaliste : réduire la courbure, calmer la douleur, préserver la fonction érectile. Le choix dépend de la phase et de la sévérité, et il se décide avec un urologue.
Les traitements non chirurgicaux
Ils s'adressent surtout à la phase active, avant que la déformation ne se fixe :
- les injections dans la plaque : le Manuel MSD mentionne un à quatre cycles d'injections de collagénase ; notre page sur le Xiapex détaille ce traitement, et une autre le vérapamil, également utilisé en injection ;
- les dispositifs de traction externes, cités par le Manuel MSD ;
- la prise en charge de la douleur et le suivi de l'évolution, qui conditionnent le moment d'opérer.
La chirurgie, en phase stabilisée
Elle ne s'envisage qu'une fois la maladie stable, et elle se discute avec un chirurgien urologue. Les recommandations de l'AFU distinguent trois situations :
- la plicature, ou technique de Nesbit : pour une courbure simple, le plus souvent inférieure à 60°, avec une fonction érectile conservée. La rectitude est obtenue dans 42,1 % à 100 % des cas selon les séries, au prix d'un raccourcissement mesuré entre 0,36 et 1,8 cm ;
- l'incision de la plaque avec greffe (patch) : pour les déformations importantes, au-delà de 60°. Elle corrige mieux, mais expose à une aggravation de la fonction érectile chez environ 25 % des patients — de 22,5 % à 60 % à cinq ans selon les études ;
- l'implant pénien : indiqué quand la déformation s'accompagne d'une dysfonction érectile qui ne répond pas aux traitements.
Ces chiffres ne sont pas là pour vous dissuader, mais pour que le choix soit éclairé. Un raccourcissement de un centimètre n'a pas le même poids selon la longueur de départ : l'AFU retient d'ailleurs une longueur de verge supérieure à 13 cm parmi les critères de la plicature.
Méfiez-vous des traitements « miracles »
Des produits vendus en ligne promettent de « dissoudre » la plaque : crèmes, compléments, appareils sans évaluation. Aucun ne dispose des données qui permettraient de l'affirmer. Le risque n'est pas seulement financier : c'est le temps perdu pendant la phase active, celle où une prise en charge change encore le cours des choses. Exigez des sources et un médecin, pas un témoignage.
Quel accompagnement pour votre santé sexuelle ?
Il faut distinguer deux problèmes qui n'ont pas le même interlocuteur. Redresser une courbure installée relève du chirurgien urologue : cela suppose un examen clinique, parfois une échographie, et une décision opératoire. Aucune téléconsultation ne remplace cette évaluation, et nous ne prétendons pas le contraire.
La qualité de vos érections, elle, se travaille en parallèle. C'est sur ce versant que Kano.care intervient : évaluation médicale par un médecin inscrit à l'Ordre, traitements de la dysfonction érectile lorsqu'ils sont indiqués, et prise en compte de l'anxiété de performance qui accompagne presque toujours la maladie.
La consultation dédiée à la maladie de La Peyronie n'est pas encore ouverte. Vous pouvez rejoindre la liste d'attente : vous serez prévenu dès son lancement, et l'inscription ne vous engage à rien.
Dr Sam Ward
Urologue et andrologue, dirige le service d'urologie à la Clinique Saint-Jean de Bruxelles depuis octobre 2024. Membre du Comité exécutif de la Chaire UNESCO Santé sexuelle & Droits humains, membre du Bureau de la Société Francophone de Médecine Sexuelle (SFMS), cofondateur de Kano.care, spécialisé en santé masculine et médecine sexuelle.






